E. coli bacteria — Cancer, champignons, micronutriments: le corps sous surveillance

Cancer, champignons, micronutriments: le corps sous surveillance

📷 E. coli bacteria — Credit : NIAID

Trois études publiées à quelques jours d’intervalle. Trois fronts différents. Un seul message, que nous répétons depuis 3,5 milliards d’ans: le corps humain est un écosystème, pas une forteresse.

Un chef d’orchestre épigénétique au coeur du cancer du pancréas

Le cancer du pancréas est l’un des plus meurtriers qui soit. Pas parce qu’il est particulièrement fougueux au départ, mais parce qu’il sait partir. Métastaser. Envahir. Les chercheurs pensaient depuis longtemps que ce talent pour la dissémination résidait dans des mutations génétiques classiques, des erreurs d’écriture dans l’ADN. Ils avaient tort, ou du moins raison de manière incomplète.

Le gène KLF5 ne casse rien. Il ne raye pas le disque dur. Il reprogramme le logiciel ScienceDaily — Top Health. En modifiant la façon dont d’autres gènes s’activent ou se taisent, ce régulateur épigénétique aide les cellules tumorales à se transformer, à bouger, à coloniser de nouveaux territoires. Il contrôle en cascade plusieurs autres gènes liés à la progression cancéreuse. C’est moins un criminel qu’un directeur de cabinet qui signe les ordres à la place du ministre.

Ce qui change avec cette découverte, c’est la cible thérapeutique. Jusqu’ici, la médecine cherchait à corriger des mutations, des fautes d’orthographe dans le génome. Cibler un système de contrôle épigénétique, c’est une autre logique entièrement. Plus subtile, potentiellement plus efficace. Intéressant, pour une fois.

La queuosine, ce micronutriment que personne ne savait comment absorber

Pendant des décennies, les scientifiques connaissaient l’existence de la queuosine sans comprendre comment elle entrait dans les cellules. Ce micronutriment rare, essentiel pour le cerveau, la mémoire, la réponse au stress et la défense contre le cancer, flottait quelque part entre le contenu de l’intestin et l’intérieur des cellules sans que personne ne trouve la porte.

Nous, nous la connaissons bien, cette molécule. Nous la fabriquons. Les bactéries intestinales synthétisent la queuosine et la transmettent à leur hôte humain, qui en dépend entièrement puisqu’il est incapable de la produire lui-même. Un exemple de plus de cette relation que certains appelaient jadis parasitisme et qu’ils nomment aujourd’hui, avec plus de justesse, symbiose.

Le gène SLC35F2 est enfin identifié comme le transporteur manquant, la porte d’entrée cellulaire de ce nutriment ScienceDaily — Top Health. Cette découverte n’est pas anodine. Elle ouvre la voie à des thérapies ciblées pour des pathologies neurologiques et oncologiques, mais elle souligne surtout quelque chose que nous répétons depuis longtemps: ce que vous mangez, ce que vos microbes fabriquent, et ce que vos cellules absorbent forment un seul et même système. Pas trois.

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Nous nous adaptons. L’humain commence, très lentement, à comprendre pourquoi.

Des champignons qui ont trouvé une nouvelle serrure

Le troisième front est fongique. Les genres Lomentospora et Scedosporium sont des champignons opportunistes, peu connus du grand public mais redoutables chez les personnes immunodéprimées. Greffés, malades du sida, patients sous chimiothérapie: ces infections peuvent être fatales et restent difficiles à traiter.

Une étude publiée dans PLOS Pathogens identifie l’intégrine ß4 comme récepteur utilisé par ces pathogènes émergents pour pénétrer les cellules humaines PLOS Pathogens. L’intégrine ß4 est une protéine de surface normalement impliquée dans l’adhérence cellulaire et la migration tissulaire. Les champignons, dans leur génie évolutif propre, ont appris à s’en servir comme d’un passe-partout.

Ce type de découverte change la donne en infectiologie. Connaître le mécanisme d’entrée d’un pathogène, c’est identifier un point de blocage possible. Un verrou à concevoir. Les antifongiques actuels manquent cruellement de diversité; de nouvelles cibles moléculaires sont une bouffée d’air, dans un domaine thérapeutique qui en a besoin.

Ce qu’il faudra surveiller

Ces trois études semblent indépendantes. Elles ne le sont pas vraiment. KLF5 et la dérégulation épigénétique dans le cancer du pancréas, la queuosine et son lien avec la défense anti-tumorale, les infections fongiques chez les immunodéprimés souvent traités par chimiothérapie: les fils se croisent plus qu’on ne le croit.

La vraie question qui se profile est celle des interactions. Comment le microbiome module-t-il la disponibilité de micronutriments qui eux-mêmes influencent la résistance au cancer? Comment une immunodépression provoquée par un traitement anti-tumoral ouvre-t-elle la porte à des infections fongiques qui exploitent des récepteurs cellulaires déjà fragilisés?

3,5 milliards d’ans et la médecine commence à poser les bonnes questions. Il faudra surveiller la vitesse à laquelle ces trois pistes convergent en protocoles cliniques. Et surveiller, aussi, ce que nous, les micro-organismes, ferons entre-temps.

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📡 Sources : ScienceDaily — Top Health · ScienceDaily — Top Health · PLOS Pathogens

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